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La peinture par les peintres
Pascal Bonafoux
Ecrivain et critique d'art. Professeur émérite des universités
« Rien n’est plus arbitraire que d’essayer de substituer la parole au dessin, à la peinture » écrivit Aragon. La critique d’art et l’histoire de l’art ne se sont pas privées de pratiquer cet arbitraire-là et cela pendant des siècles. Etrangement cette critique et cette histoire n’ont que fort peu tenu compte des propos des peintres. Or, qui le contesterait, qui peut mieux prétendre savoir de quoi il parle lorsqu’il « parle peinture » qu’un peintre ? Le propos de ces conférences est de redonner la parole aux peintres et aux seuls peintres. Et de conduire à regarder la peinture au travers de leurs regards. Rendez-vous avec des notions essentielles –remises en cause ou redéfinies par les peintres - comme avec des œuvres qui auront été des repères fondamentaux pour … les peintres eux-mêmes.
  • Vasari, une invitation à admirer et à se méfier…

    mardi 27 septembre 2011 à 15h00
    Nul n’a jamais remis en cause cette réalité : c’est avec les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes de Vasari, peintre, architecte, etc., que commence l’histoire de l’art. Si Vasari rend hommage à Giotto comme à Masaccio, si à propos du second, il écrit « C’est à Masaccio surtout que nous devons la bonne manière dans la peinture », étrangement, il ne dit presque rien de la Trinité peinte à Santa Maria Novella. C’est que le texte de Vasari qui inaugure l’histoire de l’art fait (aussi) une place à ses supercheries… Invitation à ne pas (toujours) se fier à l’histoire de l’art…

     
  • Musée

    mardi 4 octobre 2011 à 15h00
    Depuis la fin du XVIIIe siècle les artistes n’ont pas cessé de fréquenter les musées. Reste qu’ils les fascinent comme ils s’en méfient… Quelle est la réalité du musée pour un peintre ? Celle qui permet à Bram Van Velde de confier « le musée nous donne des moments où l’on voit » ou celle de Jean Dubuffet qui enrage « … c’est précisément cette idée d’une norme et d’une orthodoxie de l’art que les musée entendent insuffler au public ; c’est une idée fausse et nocive ». Autre « nocivité » du musée définie par Fernando Botero : « En Europe, on naît dans les musées… Comment, lorsqu’à vingt-cinq ans, on décide de devenir peintre, n’être pas déjà fatigué ?… » Quels ont été pour les peintres mes modes d’emploi des musées ?

     
  • Raphaël

    mardi 11 octobre 2011 à 15h00
    Devant l’Académie royale de peinture et de sculpture, Charles Le Brun reconnaît que « le divin Raphaël a été celui sur les ouvrages duquel il a taché de faire ses études ». Dans son Journal Delacroix écrit le 1er mars 1859 qu’il est « le plus grand des peintres ». Au début du XXe siècle, Emile Bernard reconnaît encore qu’il a été « le grand oracle et le modèle ». Et Balthus à la fin de ce même siècle s’exclame : « Raphaël ennuyeux ? C’est un blasphème. » L’admiration des peintres aura été, rare exception, indéfectible plus de quatre siècles…

     
  • -…-ismes ?…

    mardi 18 octobre 2011 à 15h00
    Ni Georges Rouault qui écrit en 1931 « Les critiques ont la rage de vous chercher un état civil pictural, de vous lier à tel mouvement », ni Mark Rothko qui affirme en 1957 à propos d’un article que « l’auteur devrait savoir que classer c’est embaumer », n’en doutent. Or, pour déterminer cet état civil pictural, pour classer, les critiques et les historiens de l’art ne se sont pas privés de définir des « -ismes » de toutes sortes. Le XXe siècle, plus qu’aucun de ceux qui le précédèrent, en aura été accablé. Parmi les premiers à apparaître, le fauvisme. Constat de Matisse : « L’épithète “Fauve” ne fut jamais acceptée par les peintres fauves ; nous l’avons toujours considérée comme une étiquette propagée par les critiques, et rien de plus. »

     
  • Titien, Tintoret, Véronèse

    mardi 8 novembre 2011 à 13h00
    Confidence d’Emile Bernard : « Plus j’étudie l’art et les maîtres, pus je me dirige vers l’école de Venise. Tout ce qui s’est fait là, par une grâce admirable, porte le caractère de la plus haute distinction, de la plus aristocratique perfection. » Cette admiration pour les « Vénitiens » rassemble Titien, Tintoret et Véronèse. Titien, parce que, selon Reynolds « C’est chez le Titien qu’il faut aller pour trouver la perfection du coloris et du clair-obscur, et celle-ci dans son plus haut degré. » Tintoret, parce que selon Cézanne « … dans sa jeunesse, il avait eu le culot d’affirmer : la couleur du Titien dans le dessin de Michel-Ange. Et il y est arrivé. » Véronèse, parce que, selon Delacroix il « est le nec plus ultra du rendu, dans toutes les parties ».

     
  • Sujet

    mardi 15 novembre 2011 à 13h00
    En 1435, le De Pictura de Leon Battista Alberti, auteur du premier traité de peinture jamais écrit en Occident et peintre lui-même, a imposé un principe : « … l’œuvre suprême du peintre est l’histoire, dans laquelle on doit trouver toute l’abondance et l’élégance des choses ». Hors de question de se passer d’un sujet… Pendant des siècles la peinture ne s’en est pas passée. Et, tout à coup, Delacroix note dans son Journal, le 13 janvier 1857 : « L’originalité du peinte n’a pas toujours besoin d’un sujet. » De là à croire que la peinture pourrait se passer de sujet… Mais Picasso assure : « Le peintre qui fait un pas en avant dans l’histoire de la peinture est celui qui a fait découvrir un nouveau sujet. »

     
  • Couleur

    mardi 29 novembre 2011 à 13h00
    Un jour Picasso soupira : « Tout de même, avant de mourir, je voudrai deviner ce que c’est la couleur… » A l’évidence la réponse de Poussin ne lui aurait pas suffit : « Les couleurs dans la peinture sont semblables à des leurres qui persuadent les yeux, comme la beauté des vers dans la poésie. » Il n’aurait sans doute pas été plus convaincu par une démonstration de Van Gogh qui écrivit à son frère Théo : « Il faut donc reconnaitre avec l’antiquité qu’il n’y a dans la nature que trois couleurs véritablement élémentaires, lesquelles, en se mélangeant deux à deux, engendrent trois autres couleurs composées, dites binaires, l’orangé/le vert et le violet. » Le noir et le blanc ne seraient-ils pas des couleurs ? Avertissement de Matisse : « Je voudrais que les gens sachent qu'il ne faut pas approcher de la couleur comme on entre dans un moulin, qu'il faut une sévère préparation pour être digne d'elle. »

     
  • Delacroix

    mardi 6 décembre 2011 à 13h00
    Devant Les Femmes d’Alger Renoir redit à plusieurs reprises : « Quand on a fait cela, dit-il, on peut dormir tranquille. » Odilon Redon s’émerveille devant les toiles de Delacroix pour une autre raison : « Il crée l’expression par la couleur. Il fait exprimer à la palette ce qu’elle n’a pas dit encore. » Quant au Journal laissé par Delacroix, il ne cesse plus d’être un repère essentiel. Il l’est pour Balthus – « Un livre que je lis et relis depuis toujours est le Journal de Delacroix » - comme il l’est pour Fernando Botero qui confia : « La lecture du Journal de Delacroix a été pour moi une expérience importante. » Et Yves Klein d’affirmer qu’il se considérait comme un disciple de Delacroix …

     
  • École

    mardi 17 janvier 2012 à 15h00
    Le terme d’école a-t-il jamais eu pour les peintres la moindre pertinence ? A les lire on peut en douter… Delacroix ne se prive pas de cette raillerie : « L’École de David s’est qualifiée à tort d’école classique par excellence, bien qu’elle ait été fondée sur l’imitation de l’antique. C’est précisément cette imitation souvent peu intelligente et exclusive qui ôte à cette école le principal caractère des écoles classiques, qui est la durée. » Un siècle plus tard, Miro écrit : « En fait, dans tous les mouvements d’école ce n’est que l’homme qui compte, tout le reste ce n’est que de la blague et de la plaisanterie. Ce n’est que l’individu avec une grande force humaine qui s’impose, tous les autres ne sont que des marionnettes ridicules. » Conclusion de Courbet : « Il ne peut y avoir d’écoles, il n’y a que des peintres. »

     
  • Cézanne

    mardi 24 janvier 2012 à 15h00
    En novembre 1895, alors que l’accrochage de la première exposition personnelle de Cézanne est à peine terminé dans la galerie, Ambroise Vollard est surpris par un gentleman farmer inconnu qui, sans négocier, lui achète trois Cézanne. C’est Monet. Quelques jours plus tard, dans la même galerie, Degas et Renoir tirent au sort une nature morte. Et l’admiration des peintres ne cesse plus d’être sans réserve. De Max Beckmann qui affirme « Personnellement, je tiens Cézanne pour un génie » à Balthus qui affirme : «… il n’y a pas de peintre plus original que Cézanne. Rares sont les peintres qui n’auront pas repris à leur compte cette exclamation de Picasso : « Cézanne ! Il était notre père à nous tous. »

     
  • Nature

    mardi 31 janvier 2012 à 15h00
    De Léonard de Vinci qui affirma : « En vérité, la peinture est une science et l’authentique fille de la nature, étant son rejeton » à Poussin qui écrivit « L'art n'est pas chose diverse de la nature, ni ne peut passer outre les confins de celle-ci », les choses semblent être simples. Jusqu’à Boudin encore : « Trois coups de pinceau d’après nature valent mieux que deux jours de travail au chevalet. » Jusqu’à ce que Vincent Van Gogh confie : « L’étude d’après nature, la lutte avec le réel – je ne veux pas avancer des arguments contre cette méthode. Pendant des années, je m’y suis pris moi-même de cette façon, presque sans fruit, avec toute une série de tristes résultats. Cette erreur – je ne voudrais pas ne pas l’avoir commise » et que Picasso lance : « Il faut bien que la nature existe pour pouvoir la violer ! » A quelle(s) nature(s) les peintres auront-ils eu affaire ?

     
  • Rubens

    mardi 20 mars 2012 à 15h00
    L’admiration portée par Delacroix à Rubens est irrévocable : « Ce Rubens est admirable. Quel enchanteur ! je le boude quelquefois : je le querelle sur ses grosses formes, sur son défaut de recherche et d’élégance. Qu’il est supérieur à toutes ces petites qualités qui sont tout le bagage des autres ! Il a au moins, lui, le courage d’être lui… » En revanche, Odilon Redon confie : « Oserai-je avouer que Rubens parle une langue que je ne comprends pas ! » Ce que n’aurai pu qu’approuver Ingres qui avait ordonné à ses élèves : « Détournez-vous donc de Rubens dans les musées où vous le rencontrerez ; car si vous l’abordez, pour sût il vous dira du mal de mes enseignements et de moi. » Quelle qualité singulière de l’œuvre de Rubens provoque de telles divergences ?

     
 
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