La citadelle des origines
Fièrement dressée sur un piton rocheux aux flancs taillés en un impressionnant glacis dallé, dominant la cité de cinquante mètres, la citadelle d'Alep qui s'impose au voyageur d'aujourd'hui, fut certainement de tout temps le cœur de la cité. Si la tradition veut qu'Abraham s'y arrêtât pour prier, les archéologues retrouvèrent dans les archives hittites du XX
e siècle avant notre ère, la mention de l'opulente cité d'Halab qui devint la capitale de l'Empire amorrite avant d'être sous la domination des Hittites qui en fortifièrent l'acropole où ils édifièrent un sanctuaire certainement dédié à Hadad. Se succédèrent ensuite Egyptiens, Mitanniens, Syro-Hittites, Assyriens et Achéménides – toute l'histoire du Proche-Orient ancien – avant que le grand conquérant Alexandre ne la renommât Béroé...
De la cité hellénistique aux souks
Au carrefour entre l'Anatolie, la Méditerranée et, par-delà l'Euphrate, la Perse et l'Orient, Alep était entourée d'une région – le massif calcaire – où pouvaient croître les céréales, mais qui était surtout très propice à la vigne, à l'olivier, au pistachier et au prunier. Alep déborda alors largement de son acropole ; centres caravaniers et entrepôts se multiplièrent et les Grecs dessinèrent une ville selon leurs principes urbanistiques hérités d'Hippodamus de Milet : rues se coupant à angle droit découpant des quartiers hiérarchisés. C'est cet ordonnancement que l'on retrouve encore aujourd'hui dans le plan du grand bazar d'Alep, le souk el Bahramiyé, l'un des plus remarquables de tout l'Orient. La grande rue Bab Antakié est bordée d'innombrables échoppes, ponctuée de petites mosquées, telles que la vénérable mosquée du Mûrier construite il y a un millier d'années ou la petite mosquée des Pistaches, et, surtout, de ces imposants khans, caravansérails, qui firent office de centres de douane, de comptoirs commerciaux pour les Anglais, les Hollandais et les Vénitiens à partir du XVI
e siècle, puis de maisons de corporations. Leurs noms font référence aux activités qui faisaient encore naguère la réputation d'Alep : souk de la soie, des teinturiers, des droguistes, ou souk du savon qui rappelle la réputation du savon d'Alep, à l'huile de laurier...
La ville de Saladin
Devenue romaine en 65 av. J.-C., Alep connut une grande prospérité, exportant vers la métropole les produits des innombrables et opulentes
villae dont les Romains constellèrent le massif calcaire. En 637, les Arabes, unis sous la bannière de l'islam, s'emparèrent sans difficulté de la ville et Alep devint, après Damas, la seconde cité des Omeyyades. Lorsque le pouvoir des Abassides, qui régnaient depuis Bagdad, commença à s'affaiblir, Alep devint la petite principauté indépendante des Hamdanide, fut reprise un temps par les Byzantins puis passa successivement aux mains des Fatimides, des nomades Mirdasides, des Seldjoukides de Roum. En 1128, après avoir repoussé les assauts des croisés, Zengi, l'atabeg de Mossoul, devint maître de la ville. Sous le règne de son fils, Nour ed-Din, la principauté d'Alep devint l'une des principales forces de résistance aux croisés. Ce fut alors que le jeune Kurde Salāh al-Dīn (Saladin) entra au service de Nour ed-Din. Brillant commandant, il ravit aux Fatimides l'Egypte, dont il devint vizir, avant de se retourner, après la mort de Nour ed-Din, contre son suzerain, et de s'emparer d'Alep en 1183. Ce fut alors que fut aménagée la citadelle qui devint la véritable cité royale, avec son palais, ses mosquées, ses prisons, dont celle où fut enfermé Renaud de Châtillon durant seize années. Le fils de Saladin fit enfin construire la remarquable entrée de la citadelle, à la fois porte et pont qui reste un ouvrage remarquable de l'architecture militaire médiévale.
Des Mongols à nos jours
Ravagée par les Mongols, Alep fut reprise par les mamelouks qui restaurèrent la grande mosquée djami el Khebir. Alep devint, à l'époque ottomane, le principal comptoir syrien pour les échanges avec l'Occident. Outre les belles medersa – la medersa al Firdouz, la medersa Halawiyé –, la porte d'Antioche, Alep offre aussi le charme du quartier Jdeideh dont les vieilles maisons aux patios décorés s'ouvrent sur des ruelles étroites, parfois ombragées de voûtes de pierre, tandis que le palais qui devait abriter, aux premiers temps de l'indépendance, le gouvernement de Syrie du Nord, offre aujourd'hui les incomparables collections du musée archéologique qui évoque la longue histoire de la Syrie de Tell Halaf à Mari et aux royaumes syro-hittites.
Pour découvrir Alep avec Clio
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