Cracovie, capitale historique de la Pologne
Pologne
Inscrite dès 1978 par l’Unesco à son inventaire du patrimoine culturel mondial, la vieille ville de Cracovie, miraculeusement épargnée par la Seconde Guerre mondiale, nous offre un magnifique panorama de l’histoire polonaise. Elle fut fondée, selon la tradition légendaire, par le prince Krak qui lui donna son nom après avoir débarrassé les habitants des environs d’un monstrueux dragon dont l’antre se visite encore aujourd’hui. Une tradition qui semble correspondre à l’installation bien réelle dans cette région, aux VIIIe et Ixe siècles, des Vistulins ou Wislanie. La première mention historique de la ville remonte à 965 et elle est due à un marchand juif cordouan qui nous indique que Krakwa est déjà un grand centre commercial.
C’est au XIVe siècle que la ville médiévale apparaît comme la capitale de la Pologne, à l’époque qui voit, en 1364, le roi Casimir III fonder l’Académie qui deviendra plus tard l’Université Jagellonne, la deuxième d’Europe centrale après celle fondée à Prague par l’empereur Charles IV. Une université dont le plus célèbre étudiant demeure Nicolas Copernic, le premier théoricien de l’héliocentrisme. Le XVIe siècle voit l’âge d’or de la ville et le château médiéval de Wavel faire place à un superbe palais Renaissance. Le déplacement vers Varsovie, au début du XVIIe siècle, du roi et de la cour, les dégâts infligés ensuite au pays par l’invasion suédoise, les guerres et les partages territoriaux du XVIIIe siècle ruinent durablement Cracovie, finalement rattachée à l’empire des Habsbourg. La vieille cité redevient cependant au XIXe siècle, au moment où Adam Mickiewicz voit dans son peuple « le Christ des nations » et alors que les insurrections successives sont impitoyablement brisées par les Russes, le principal foyer de la résistance polonaise. La ville conserve sa prééminence culturelle dans la Pologne ressuscitée même si, après 1945, les tenants du socialisme scientifique lui infligent l’installation calamiteuse des aciéries de Nowa Huta. La fin du régime communiste, la revalorisation de son patrimoine historique et le prestige que tire la ville de l’élection au Saint Siège de Karol Wojtyla, suffisent ensuite à faire de Cracovie l’une des cités les plus attractives de l’est européen.
Reconstruite après avoir été réduite en cendres par les Tatars en 1257, la vieille ville offre aujourd’hui aux regards des visiteurs sa superbe grande place médiévale. L’église Notre-Dame, les églises Sainte-Barbe, Sainte-Croix et Sainte-Anne, auxquelles il faut ajouter celle des Franciscains, comptent parmi ses sanctuaires les plus remarquables. Le musée Czartoryski abrite de nombreux trésors parmi lesquels La femme à l’hermine de Léonard de Vinci et le Paysage avant l’orage de Rembrandt. Le musée Szolajski présente une collection de retables et de Madones sculptées des XIVe-XVIe siècles. Le Collegium Majus de l’Université est un magnifique témoignage de l’architecture du XVe siècle. La colline du Wavel accueille la cathédrale gothique, qui fait fonction de nécropole royale et nationale, ainsi que le palais Renaissance construit sous Sigismond Ier. Si l’on ajoute le quartier de Kazimierz où vécut longtemps une importante communauté juive porteuse d’une culture spécifique, Cracovie apparaît, au long des siècles et au même titre que Prague, comme l’un des principaux foyers de civilisation de cette Europe centrale et orientale si durement éprouvée au cours du siècle dernier.