Située au centre-sud de l’actuel Ouzbékistan, Boukhara est, au même titre que Samarcande, Merv ou Khiva, l’une des anciennes capitales de l’Asie centrale. Son nom signifierait « lieu fortuné » en sogdien, l’une des anciennes langues régionales ou « monastère » si on le rapporte au sanscrit… Peuplée aujourd’hui par une majorité de turcophones de langue ouzbèke, elle compte toujours une communauté tadjike dont la langue est apparentée au persan. Etape importante sur l’antique Route de la Soie, capitale de la dynastie persane des Samanides, Boukhara accueillit Abu Ali Ibn Sina, le célèbre Avicenne y séjourna au XIe siècle, de même que le mathématicien et astronome al Biruni. Au siècle précédent, la ville pouvait tirer gloire d’être la patrie d’al Bukhari un compilateur des hadiths qui contribuera à l’établissement de la Sunna. Ville sainte pour les Musulmans sunnites, Boukhara est un important lieu de pèlerinage et pour les fidèles qui ne pouvaient sortir du pays à l’époque de la défunte URSS, trois pèlerinages à Boukhara valaient autant que celui effectué à La Mecque. Cette importance religieuse encouragea le prince timouride Ulugh beg à y faire construire, à la première moitié du XVe siècle, une grande médersa. Le khanat de Boukhara, qui englobait Samarcande, était, avec ceux de Khiva et de Kokand l’un des trois khanats ouzbeks constitués à la fin du XVIe siècle, après la dissociation du khanat de Djaghataï. Il fut conquis par les Russes dans le deuxième tiers du XIXe siècle mais il conserva sa structure traditionnelle jusqu’à la révolution de 1917, dont les dirigeants l’intégrèrent bientôt dans la nouvelle Asie centrale soviétique.
La ville ne compte plus aujourd’hui qu’une partie de ses trois cent soixante mosquées mais le quartier de Poi-kalian conserve toute une série de sanctuaires et de médersas qui sont autant de témoignages de l’évolution, au fil des siècles, des grands monuments de l’Asie centrale musulmane, des Seldjoukides aux Timourides. La mosquée Magoki-Attari, la médersa de Koukeldach, le mausolée de Baha ad Din Naqshbandi, fondateur d’une confrérie soufie appelée à jouer un rôle majeur dans les marges septentrionales de l’Islam proche-oriental, le mausolée d’Ismaïl Samani, fondateur de la dynastie à laquelle il a donné son nom, la citadelle de l’Ark, les quatre minarets de Tchor Minor et la nécropole de Chor Bakr constituent ainsi un patrimoine irremplaçable qui permet de suivre le cours d’une histoire tourmentée au sein de laquelle les ravages et les destructions perpétrées par les hordes surgies des steppes barbares coexistent avec certaines des plus belles réalisations de la civilisation musulmane.