Quand l'Inde était bouddhiste
Lorsque l'on parle de bouddhisme, cette religion est, à juste titre, associée à l'Inde. Ce fut bien en Inde que Gautama Shakyamuni, le bouddha historique, vécut et prêcha sa doctrine au V
e siècle avant notre ère. Cependant, si le bouddhisme est toujours présent en Inde, les bouddhistes n'y représentent aujourd'hui que 0,8 % de la population, après avoir pratiquement disparu au XIX
e siècle !
Le bouddhisme naquit en Inde à une époque où la mise en question du brahmanisme dominant se développait dans divers courants au sein de l'hindouisme. Le jaïnisme et le bouddhisme sont issus de ces mouvements de réaction. Du premier petit cercle de disciples, le bouddhisme se répandit dans une large partie du Nord de l'Inde. Au ~III
e siècle, à l'apogée de la dynastie Maurya, le bouddhisme rallia à sa cause le grand empereur Ashoka et gagna tout le sous-continent, de l'Himalaya à Ceylan. Persécuté sous la dynastie Shunga, le bouddhisme se maintint cependant en Inde centrale, à Ceylan et, à l'ouest, dans le royaume gréco-bactrien. Il put ainsi reprendre sa place proéminente dans les sphères dirigeantes de la société à l'époque de l'Empire gupta (III
e-VI
e siècle) et la garda encore sous la dynastie des Pala. Mais la dominante monastique du bouddhisme le coupa progressivement de ses pratiquants séculiers et il ne put survivre, en Inde continentale, aux invasions musulmanes du XII
e siècle.
L'apogée du bouddhisme indien
Au cœur des monts Indhyadri, dans l'Etat actuel du Maharashtra, dès le ~II
e siècle, fut creusée dans la falaise de granit bordant la rivière Wagurna, une série de grottes destinées à abriter les moines itinérants durant la période de mousson. Agrandies progressivement, elles atteignirent le nombre de trente au VII
e siècle,
chaitya, sanctuaires comportant un vestibule et une salle de prière, et
vihāra, monastères qui incluaient, en sus, des cellules pour les moines. Les plus anciens, à l'époque où la tradition Hinayana (le « petit véhicule ») dominait, étaient déjà dotés d'une façade sculptée, imitant celles des temples en bois de l'époque, les pilastres soutenant la voûte étaient également ornés de motifs décoratifs, mais la salle de prière ne comportait qu'un simple stupa. A partir du V
e siècle, quand triomphait le Mahayana (le « grand véhicule »), les sculpteurs avaient totalement maîtrisé les techniques grecques qui avaient transité par le monde gréco-bouddhique et ne reculaient pas devant la représentation humaine. A côté de multiples représentations du Bouddha enseignant, méditant ou gisant, le visiteur contemporain pourra s'émerveiller devant le relief de
Nagara et la nagini, ou devant la sensuelle danse exécutée par les filles de Mara devant le bouddha méditant, dans la grotte 26, l'une des plus récentes.
Un « livre d'heures » du bouddhisme
Bien que ces sculptures soient remarquables, ce sont surtout les peintures qui décorent les parois qui rendent le site d'Ajanta exceptionnel : elles sont pratiquement les seuls exemples de peintures indiennes remontant à la période du V
e au VIII
e siècle. D'inspiration mahayanique, réalisées
a tempera sur des surfaces enduites de plâtre et polies, elles illustrent un véritable « catéchisme » bouddhique. Souvent sur plusieurs registres superposés, elles décrivent d'innombrables
jataka, épisodes légendaires des vies antérieures du Bouddha, ainsi que tous les épisodes de la vie du Bouddha historique, tandis que les plafonds sont couverts d'oiseaux, d'animaux, de fleurs de lotus.
Différentes de toutes les œuvres picturales indiennes postérieures, elles sont caractérisées par une vigueur, un foisonnement et une grâce exceptionnels. Des lignes larges, tracées sans reprise d'une main sûre, des couleurs en camaïeu de brun et de vert, de bleu et violet, relevées de touches rouges et jaunes, des jeux d'ombre et de lumière répondant à une intention plus symbolique que réaliste, confèrent aux personnages un modelé et une substance impressionnante. Le contraste y est aussi saisissant entre la sérénité des bouddhas et le dynamisme des scènes de cour ou de danse et la délicatesse des scènes de gynécée. Il suffit pour s'en convaincre d'admirer le
Boddhisattva au lotus bleu de la grotte 1 et la
Nymphe joueuse de cymbales de la grotte 17...
Abandonnées au XII
e siècle, les grottes d'Ajanta ne furent redécouvertes, par hasard, qu'en 1819 par des soldats britanniques.
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