L'obélisque retrouvé
Le 31 juillet 2008, les équipes de l'UNESCO achevèrent la mise en place du grand obélisque d'Axoum qui, après avoir décoré l'emplacement de la Porta Capena à Rome depuis qu'il avait été emporté en 1937 par les troupes de Mussolini, fut restitué à l'Ethiopie en 2005. Ses cent cinquante tonnes et vingt-quatre mètres de hauteur font de ce monolithe de granit âgé de 1 700 ans, le plus prestigieux témoignage de la puissance l'Empire axoumite. Comme les six autres obélisques, il est sculpté d'une représentation d'un bâtiment de neuf étages qui rappelle singulièrement la silhouette des maisons traditionnelles que l'on peut encore voir aujourd'hui dans l'Hadramaout, au Yémen. Le rôle que jouaient ces obélisques reste encore incertain : bien que l'on ait découvert des chambres funéraires à proximité, rien ne prouve que ces stèles aient été liées à des sépultures ; elles peuvent avoir été accompagnées d'un autel de sacrifice, vouant ainsi une fonction religieuse ou, tout simplement, avoir été érigées pour montrer la puissance du Royaume axoumite.
De la légende à l'histoire
A plus de deux mille mètres d'altitude, sur les plateaux du Tigrée, la région d'Axoum, bien arrosée et fertile, fut peuplée dès l'âge du bronze. C'est à cette époque, au début du ~I
er millénaire avant notre ère, qu'une légende tardive situe le cœur du domaine de la reine de Saba, Makeda, qui serait revenue de son voyage à Jérusalem, emportant l'Arche d’Alliance et enceinte des œuvres du roi Salomon. Son fils Menelik I
er, fut revendiqué comme fondateur de la lignée des Solomonides par tous les négus qui régnèrent sur l'Abyssinie jusqu'en 1974. Une légende similaire, si ce n'est qu'ici la reine porte le nom de Bilqis, a cours au Yémen, mettant ainsi en lumière les liens étroits qui unirent les deux régions de part et d'autre de la mer Rouge. En effet, l'archéologie nous enseigne que, dès le ~VII
e siècle, des immigrants sabéens, minéens et himyarites, venus principalement de la région de Marib, s'installèrent dans la région d'Axoum, apportant leur alphabet et leur panthéon. Les deux cultures semblent avoir fusionné, ainsi que leurs langues pour donner naissance au guèze qui est resté la langue liturgique de l'Eglise d'Ethiopie.
Vers l'empire
Ce fut au début de notre ère que la petite principauté d'Axoum devint un puissant royaume qui étendit son influence jusqu'aux rivages de la mer Rouge. Le port d'Adoulis profita de l'explosion des échanges maritimes entre l'Empire romain, l'Orient et les Indes pour devenir la plaque tournante du commerce de l'ivoire, de l'encens, de l'or et des animaux exotiques. Le
Périple de la mer Erythrée décrit l'Empire axoumite comme le plus puissant royaume entre Rome et la Perse ! Ce fut d'ailleurs deux jeunes romains, rescapés d'une attaque de pirates, Frumentius et Aedesius, qui convertirent, au IV
e siècle, le grand roi Ezana au christianisme qui s'étendit ensuite à la majeure partie de l'Ethiopie. Premier Etat africain à battre monnaie, l'empire d'Axoum atteignit son apogée au VI
e siècle, se permettant même d'occuper la plaine de la Tihama et les régions de Zafar et Najran dans le Sud de l'Arabie. Sécheresses répétées, surexploitation des terres, décrue du commerce conduisirent ensuite le royaume vers son déclin puis sa disparition au XII
e siècle.
De passionnants vestiges
Après les obélisques et les stèles, ce que l'on vous montrera à Axoum sont les vestiges du « palais de la reine de Saba » qui comptait plus de cinquante pièces et un ingénieux système d'évacuation des eaux. Il fut vraisemblablement édifié au III
e ou IV
e siècle et est jouxté par un grand réservoir, poétiquement nommé « thermes de la reine de Saba »... Le palais du roi Kaleb (VI
e siècle) était une sorte de résidence fortifiée comportant des magasins au rez-de-chaussée et des étages de résidence où le bois s'associait à la pierre. On découvre également les hypogées royaux de Basen, Kaleb et Gebre Meskel qui ont parfaitement conservé leurs belles voûtes de pierre. Si l'église Sainte-Marie-de-Sion fut édifiée sous le règne d'Ezana, elle fut détruite à plusieurs reprises et son état actuel date du XVII
e siècle. Les Ethiopiens affirment que sa crypte, accessible à son seul moine-gardien, renferme toujours l'Arche d'Alliance. Elle est accotée par une belle cathédrale moderne édifiée par l'empereur Hailé Sélassié, le dernier des Solomonides, en 1965.
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