Petite cité ibère occupée au milieu du IIe siècle avant J.-C. par le Romain Claudius Marcellus, Cordoue, remarquablement située sur le cours du Guadalquivir (le Baetis des Anciens) pour contrôler l’Espagne du sud, devint capitale de l’Espagne ultérieure au temps de la République, puis de la province romaine de la province de Bétique sous l’Empire. Patrie de Sénèque et de Lucain, elle devient siège épiscopal au quatrième siècle avant de perdre, sous la domination wisigothique, sa splendeur antérieure, le centre de gravité de l’Hispania nouvelle se déplaçant désormais vers Tolède. Passée sous l’autorité des Byzantins pendant une trentaine d’années dans le deuxième tiers du VIe siècle, elle est conquise par les envahisseurs arabo-berbères en 711 et ils en font la capitale d’al Andalus, l’espace musulman ibérique. L’émirat établi par l’Ommeyade Abd er Rahman Ier en 756 devient rapidement un brillant foyer culturel, qui atteint son apogée au Xe siècle, après la proclamation, en 929, du Califat par Abd er Rahman III ; après avoir été l’une des principales puissances de son temps et après que Cordoue a pu apparaître comme une rivale de Byzance et de Bagdad, le déclin et le morcellement qui intervient au Xe siècle enlèvent à Cordoue la place prééminente qui était la sienne au sein d’al Andalus. Saragosse, Valence, Séville et, plus tard, Grenade rivalisent désormais avec elle au point de la supplanter. La ville est reprise en 1236 par les Chrétiens, engagés dans une longue et patiente reconquête et sa célèbre mosquée est immédiatement transformée en cathédrale.
Exceptionnelle par ses dimensions, la Grande Mosquée avait connu plusieurs extensions depuis que l’émir Abd ar Rahman Ier avait racheté aux Chrétiens l’église avant de la faire démolir pour construire sur son emplacement l’un des plus célèbres sanctuaires du monde musulman. Vaste quadrilatère d’environ 180 mètres de long sur 130 de large, l’édifice s’étend sur 23 000 mètres carrés et compte dix-neuf nefs et plus de huit cent cinquante colonnes de marbre provenant de monuments antiques et portant des arcs doubles, alternant briques et pierres blanches, qui donnent de la hauteur au plafond et suggèrent une impression d’étonnante légèreté. La mosquée fut une première fois transformée après la reconquête chrétienne mais c’est au XVIe siècle, sous le règne de Charles-Quint, que d’importants travaux furent engagés pour donner à la cathédrale une allure plus monumentale en même temps qu’un décor mêlant les styles gothique, renaissance et baroque. Des transformations que Charles-Quint lui-même n’hésita pas à déplorer, dans la mesure où elles ruinaient la belle unité architecturale de l’édifice bâti à l’époque ommeyade.