La galerie Farnèse. Les fresques des Carrache à l'ambassade de France à Rome
Silvia Ginzburg
Gallimard
Paris
2010
Inaugurée à la mi-décembre, la superbe exposition organisée au palais Farnèse pour réinstaller dans leur cadre d’origine – l’espace de quelques mois – les superbes collections rassemblées par les Farnèse et conservées aujourd’hui au musée Capodimonte et au musée archéologique de Naples, est l’occasion, pour les éditions Gallimard, de nous proposer un superbe volume, somptueusement illustré, réalisé par Silvia Ginzburg et retraçant l’histoire d’une demeure qui apparaît comme l’un des joyaux de la Rome renaissante. C’est en 1495 qu’Alexandre Farnèse – devenu cardinal deux ans plus tôt, alors qu’il n’était âgé que de 25 ans – achète l’ancien palais Feriz pour le remplacer par une nouvelle demeure dont la construction, confiée à Antonio da Sangallo le Jeune, débute en 1514. Le 13 octobre 1534, Alexandre est élu pape sous le nom de Paul III qui – immortalisé par le portrait que fit de lui le Titien – vit son pontificat marqué, onze ans plus tard, par l’ouverture du concile de Trente, dont on sait l’importance fondatrice qu’il a revêtu pour la contre-réforme catholique. En 1546, à la mort d’Antonio da Sangallo, Michel-Ange reprend le chantier, deux ans avant la disparition du souverain pontife, alors que la façade principale du palais est achevée. Alexandre avait eu deux fils avant son ordination, mais un seul, Pier Luigi, lui survit et hérite du palais ; davantage homme de guerre que protecteur des arts, il s’en remet à ses quatre fils – le duc de Parme Ottavio, son frère Orazio et les cardinaux Ranuccio et Alexandre – pour ce qui concerne l’embellissement de la demeure familiale. C’est Ranuccio qui, en 1552, commande au peintre maniériste Salviati la fresque de la salle des Fastes farnésiens qui doit illustrer la gloire militaire et pontificale de la lignée. Quand Ranuccio meurt en 1565, c’est son frère Alexandre, dit « le Grand Cardinal », qui confie à Taddeo et Federico Zuccari l’achèvement de la fresque dont la réalisation a été entamée treize ans plus tôt. Doté de revenus considérables – il est devenu cardinal dès l’âge de 14 ans –, Alexandre s’intéresse également aux sculptures à un moment où les fouilles effectuées dans les ruines des thermes de Caracalla révèlent des merveilles telles que l’Hercule ou le Taureau Farnèse, transportés dès leur découverte au palais de la place dei Fiori. Curieux et mécène, heureusement conseillé par son bibliothécaire Fulvio Orsini, Alexandre acquiert également diverses œuvres appelées à enrichir ses collections, dont La Transfiguration de Giovanni Bellini ou La Parabole des aveugles de Bruegel l’Ancien. En 1589, la construction du palais se termine, avec l’achèvement, par Giacomo della Porta, de la façade tournée vers le jardin. Dès 1583, Alexandre a appelé auprès de lui son petit-neveu, Odoardo Farnèse, alors âgé de 10 ans, et c’est ce dernier qui confie en 1592 aux frères Carrache venus de Bologne la décoration de la somptueuse galerie qui doit conclure l’achèvement du plus beau des palais romains. Retenant le thème des amours des dieux – que l’on pourrait juger anachronique dans la Rome de la contre-réforme –, Annibal Carrache s’inspire des Métamorphoses d’Ovide et réalise le décor demandé entre 1597 et 1608. Un ensemble qui inspirera toute la grande peinture monumentale européenne du XVIIe siècle. La mort d’Odoardo, survenue en 1626, fige désormais le palais dans sa splendeur. Elizabeth, la dernière des Farnèse, épousera Philippe V, le premier Bourbon d’Espagne, et les collections dont elle avait hérité passeront ensuite à leur fils Charles qui, devenu roi de Naples, les installera en Campanie.
Dès cette époque, le palais revêtait pour la France un intérêt particulier. Le cardinal Jean du Bellay, ambassadeur d’Henri II, y avait résidé en 1553 et les représentants de Louis XIII et de Louis XIV y séjournèrent à leur tour, tout comme la reine Christine de Suède exilée sur les bords du Tibre. L’ambassade s’installe au palais en 1874, en vertu d’un bail conclu avec les Bourbon de Naples, avant que la France ne leur achète finalement la prestigieuse demeure en 1911.