Logo Clio
 
Service voyages
Service voyages
Fous de Patagonie. Quatre découvreurs du bout du monde, 1856-1897
Fous de Patagonie. Quatre découvreurs du bout du monde, 1856-1897
Auguste Guinnard, Paul Hyades, Henry de La Vaulx, Otto Nordenskjöld
Editions des Riaux
Paris
2006
Avec sa superficie de près de deux millions de km carrés et son extension sur deux mille kilomètres du 39e au 56e degré de latitude sud, la Patagonie occupe – des rives atlantiques à la barrière des Andes – la pointe méridionale du continent américain. Reconnue pour la première fois en 1520 par Magellan, elle doit son nom à ses habitants, ces « hommes aux grands pieds » identifiés par les compagnons du célèbre navigateur. C’est également à eux que la Terre de Feu voisine dut d’être ainsi baptisée, en raison des foyers allumés dans les campements indiens. Ces régions éloignées et hostiles n’étaient guère attirantes et il faut attendre le voyage autour du monde de Francis Drake, réalisé en 1578, pour que le détroit de Magellan soit de nouveau emprunté, six ans avant que la tentative de colonisation de Sarmiento de Gamboa n’y échoue complètement. Après que les Hollandais Lemaire et Schouten ont découvert en 1616 le passage du cap Horn, la Patagonie demeure pour longtemps à l’écart, jusqu’à ce que l’extension de la colonisation européenne au sud de la toute jeune République argentine n’entraîne vers ces étendues désolées les éleveurs de moutons qui vont en chasser progressivement les autochtones Yaghans, Alakalufs ou Onas. C’est en cette seconde moitié du XIXe siècle que plusieurs voyageurs européens viennent découvrir ce monde encore vierge en voie de disparition et il faut rendre hommage à Chantal Edel d’avoir recherché dans les pages de la célèbre revue Le Tour du Monde – une source d’inspiration privilégiée pour Jules Verne – les récits rassemblés dans ce livre des quelques hardis explorateurs qui nous ont laissé de si précieux témoignages sur ces populations indiennes promises à une prompte disparition.
Contemporain du fameux Antoine de Tounens, le « roi des Patagons » immortalisé par Jean Raspail, Auguste Guinnard est un jeune Parisien parti tenter sa chance en Argentine où il est enlevé par des Indiens avec lesquels il va vivre pendant trois années, ce qui nous vaut un récit exceptionnel sur les us et coutumes de ceux qui le détiennent ainsi prisonnier. Evadé, il rentre en Europe après une odyssée qui l’a conduit jusqu’à Valparaiso, ce qui lui vaudra d’être comparé à René Caillié, le célèbre découvreur de Tombouctou.
Embarqué sur la Romanche avec l’expédition du capitaine Martial chargée de reconnaître la pointe australe du continent américain, le docteur Paul Hyades jette un regard bienveillant sur les indigènes « fuégiens » que Darwin, lors de la croisière du Beagle, avait écrasé de son mépris. Après lui, le comte de La Vaulx – qui sera ensuite un pionnier de l’aérostation – explore méthodiquement les espaces patagons, peu de temps avant que le Suédois Otto Nordenskjoeld, neveu du vainqueur du passage du nord-est, ne vienne étudier à son tour la Terre de Feu, avant que le naufrage de son navire l’Antarctic, ne fasse de lui, au même titre que Shackleton un peu plus tard, l’un des héros de l’aventure polaire. Illustré de superbes gravures tirées du Tour du Monde, préfacé par Jean Raspail et introduit par une présentation historique très complète de Chantal Edel, ce livre nous fait découvrir un monde à la fois hostile et superbe, celui des pampas battues par les vents et des fjords majestueux qui découpent les côtes du détroit de Magellan ou du canal de Beagle, au coeur d’un Sud profond et intemporel qui conserve encore aujourd’hui tout son pouvoir de fascination.