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L'École française d'Extrême-Orient
Jean-Pierre Drège
Directeur d'études émérite à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes
 
 
 
 

Créée à Saigon à l'instigation de l'Académie des inscriptions et belles-lettres en 1898, la Mission archéologique d'Indochine devient l'École française d'Extrême-Orient par arrêté du 20 janvier 1900, tandis que son siège est transféré peu après à Hanoi. À l'origine, elle a pour mission de travailler à l'exploration archéologique, à la collecte des manuscrits, à la conservation des monuments, à l'étude du patrimoine linguistique des régions qui constituèrent l'Indochine française et de contribuer par ailleurs à l'étude de l'histoire de toutes les civilisations asiatiques, depuis l'Inde jusqu'au Japon. Depuis ces quelque cent ans, elle a développé ses activités et a multiplié ses centres de recherche. Désirant mieux connaître cette prestigieuse institution, nous nous sommes adressés à son directeur, Jean-Pierre Drège.

Une présence en constante progression

L'École française d'Extrême-Orient étend peu à peu ses installations avec la création, à Hanoi, d'une bibliothèque et d'un musée puis, à partir de 1907, elle obtient le service public de la conservation du site monumental d'Angkor, au Cambodge. C'est donc sous la direction des archéologues et des architectes de l'EFEO que sont entrepris les travaux de repérage et d'entretien des sites ainsi que les relevés topographiques et photographiques de l'ancienne cité royale khmère, puis les grands travaux de reconstruction par la méthode de l'anastylose. Le chantier d'Angkor, en 1970, était l'un des plus grands chantiers archéologiques du monde.

Conséquence des événements politiques, l'EFEO est contrainte de quitter Hanoi en 1957 et le Cambodge en 1972. Son siège central s'installe à Paris en 1968, dans l'immeuble de la Maison d'Asie, 22, avenue du Président Wilson. L'EFEO modifie alors son type d'implantation. Un centre permanent est ouvert à Pondichéry, en Inde, dès 1955, chargé de recherches en histoire et en indologie. À Jakarta, un autre centre permanent fonctionne depuis la fin des années 1950 et accueille aussi bien des spécialistes d'épigraphie religieuse que des archéologues, tandis qu'est créé à Kyoto, en 1968, l'institut de Hôbôgirin, où des spécialistes de l'histoire du bouddhisme sont installés dans une dépendance du grand temple zen du Shôkikuji. De même est ouvert à Chiang Mai, dans le nord de la Thaïlande, en 1975, un centre de recherche pour l'étude des textes anciens du bouddhisme de la région.

Plus récemment, en 1987, une antenne a été créée à Kuala Lumpur, puis en 1989 à Hongkong, où l'école est accueillie par l'université chinoise. Au Cambodge, l'EFEO a rouvert un centre à Phnom Penh en 1990, puis repris les activités qu'elle menait précédemment sur le vaste complexe d'Angkor. Parallèlement, en 1993, une convention signée avec les autorités laotiennes permettait l'ouverture d'un centre permanent à Vientiane et un accord avec les autorités vietnamiennes se traduisait par la réouverture d'un centre à Hanoi. Confirmant sa présence en Chine, l'école a créé en 1992 un centre à Taiei, au sein même de l'Academia Sinica, puis en 1997 à Pékin, à l'Institut d'histoire des sciences. Deux antennes étaient créées en outre en 1994 à Tokyo, au sein du grand institut qu'est le Tôyô Bunko, et à Séoul.

Des équipes spécialisées

L'EFEO regroupe actuellement quarante-deux chercheurs orientalistes : anthropologues, archéologues, architectes, historiens, historiens de l'art, linguistes, philologues et spécialistes d'épigraphie. Par tradition, elle est attachée à l'étude des sources – archéologiques, écrites ou orales – et exige de ses chercheurs la connaissance des langues vernaculaires écrites ou parlées. Ceux-ci travaillent dans les seize centres de l'école établis en Asie, effectuant des séjours de longue durée sur le terrain même de leurs recherches, généralement dans le cadre d'accords de coopération avec des institutions d'enseignement ou de recherche locales. Outre leurs travaux de recherche, ils participent à la formation de jeunes chercheurs et à des échanges avec les universitaires et les spécialistes de leur domaine dans les pays concernés. Lieu de rencontre, l'École française d'Extrême-Orient favorise ces échanges par les colloques, les conférences et les séminaires qu'elle organise, généralement en coopération avec les principaux acteurs de la recherche asiatique.

Des activités scientifiques organisées selon trois axes de recherche

Les traditions monumentales regroupent les recherches actuellement dans le domaine de l'archéologie – dans les sites de Sri Vijaya et Barus en Indonésie, de Patani en Thaïlande, de Hohor en Malaisie, d'Oc-Eo au Vietnam, d'Angkor au Cambodge et de Vat Phu au Laos – de l'histoire de l'art et de l'architecture – au Cambodge, en Thaïlande, en Inde, en Birmanie et au Bhoutan. À ces recherches sont associés des travaux de sauvegarde du patrimoine architectural, mais aussi de la culture écrite, notamment à Angkor et plus largement au Cambodge. Ainsi, tandis qu'à Phnom Penh le Fonds pour l'édition des manuscrits s'est attaqué au recensement des collections bouddhiques de plus de 750 pagodes et a procédé à la restauration de plusieurs milliers de liasses, les équipes de Siem Reap ont repris depuis 1992 les grands chantiers de restauration des monuments d'Angkor, qu'il s'agisse des terrasses royales ou du temple du Bapuon. Ces activités sont complétées par une formation à la recherche, en particulier au Cambodge et en Thaïlande.

Les traditions écrites et religieuses rassemblent les recherches relevant de la philologie et de l'étude des manuscrits, de l'épigraphie (en Inde, en Chine et dans toute l'Asie du Sud-Est), ainsi que de l'histoire des littératures (Inde, Malaisie, Indonésie), de la linguistique (Inde, Campa) et de l'histoire des religions, surtout du bouddhisme (Thaïlande, Laos, Cambodge, Chine, Japon notamment), mais aussi de l'hindouisme, du taoïsme et du christianisme. Les recherches en histoire et en anthropologie sont centrées sur plusieurs thèmes particuliers : l'étude des minorités chinoises, celle de l'organisation sociale des villages en Chine du Nord, l'anthropologie des contacts dans l'histoire du Vietnam et les processus de légitimation dans la société japonaise.

Une volonté d'ouverture et de dialogue

Les résultats de ces activités sont depuis l'origine publiés dans des périodiques de l'école, dont l'épais bulletin de l'EFEO, qui a vu paraître quatre-vingts numéros et dont le numéro de l'année 2000 a rassemblé les contributions de l'ensemble des chercheurs de l'école. Plusieurs collections regroupent les ouvrages qui s'enrichissent d'une dizaine de titres chaque année.

La célébration du centenaire de l'EFEO cette même année a été une occasion privilégiée pour mener une réflexion non seulement sur les études asiatiques françaises depuis cent ans, mais surtout cerner les transformations profondes des études orientales. Plusieurs des colloques organisés à l'occasion du centenaire se sont inscrits précisément dans une confrontation, un échange avec les chercheurs asiatiques ou occidentaux pour ce qui est des perspectives d'analyse, des méthodologies dans les études asiatiques. Tel est le cas à Tokyo, à Hong Kong, à Phnom Penh et Siem Reap ou encore à Kuala Lumpur. À Paris s'est tenu un colloque au palais du Luxembourg sur le thème Texte et terrain, illustrant l'insertion des démarches occidentales dans le contexte asiatique. Les expositions de Hanoi et Paris ont eu pour objet de montrer à la fois les résultats des recherches passées, mais encore les problématiques présentes – la seconde s'adressant à un public plus large, puisque présentée dans les salles du musée national des Arts asiatiques Guimet, et donnant à voir ce qu'est et ce qu'a été, à travers l'EFEO, la recherche sur les civilisations asiatiques. À l'orée d'un siècle qui sera très vraisemblablement marqué par une emprise croissante de l'Asie dans la production et les échanges mondiaux, le rappel d'un travail engagé depuis cent ans, sur un continent longtemps considéré comme exotique, ne peut être que bienvenu. Outre le catalogue de cette exposition – véritable histoire de l'EFEO – et un dictionnaire des membres de l'EFEO, plusieurs publications scientifiques ont vu le jour, dont le catalogue du Musée national de Phnom Penh, offert au Cambodge. Une médaille commémorative, frappée par la Monnaie de Paris, marque également ce centenaire. Enfin, un film documentaire consacré aux travaux de l'EFEO, intitulé Chercheurs d'histoire, a été diffusé au moment de l'exposition du musée Guimet, tandis qu'en décembre 2000 eut lieu une séance solennelle à l'Institut de France.

Jean-Pierre Drège
Août 2000
 
Bibliographie
L'École française d'Extrême-Orient ou l'institution des marges, 1898-1956 : essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale L'École française d'Extrême-Orient ou l'institution des marges, 1898-1956 : essai d'histoire sociale et politique de la science coloniale
Pierre Singaravélou
L'Harmattan, Paris, 1999

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